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[Découverte] Conque de Marsoulas : des sons vieux de 18000 ans enregistrés et analysés à la MSHS-T

[Découverte] Conque de Marsoulas : des sons vieux de 18000 ans enregistrés et analysés à la MSHS-T

Près de 90 ans après sa découverte, un grand coquillage issu de la grotte ornée de Marsoulas (Pyrénées), a été étudié par une équipe pluridisciplinaire du CNRS, du Muséum de Toulouse, de l’Université Toulouse - Jean Jaurès et du musée du Quai Branly - Jacques Chirac : ce serait le plus ancien instrument à vent de ce type. La Maison des Sciences de l’Homme et de la Société de Toulouse (MSHS-T) a procédé à l’enregistrement et à l’analyse des sons produits. L’étude est publiée dans la revue Science Advances le 10 février 2021.

Alors qu’un coquillage de l’espèce Charonia lampas (triton à bosses) conservé au Muséum de Toulouse n’avait jusque-là pas particulièrement retenu l’attention, Carole Fritz, archéologue au CNRS, a fait appel à une plateforme technique de la MSHS-T pour vérifier l’hypothèse suivante : ce grand coquillage, vieux de 18000 ans, a été façonné par nos ancêtres du Paléolithique pour produire des sons.

Voir la conque de Marsoulas en modèle 3D

Les matériels audio et informatiques du plateau PETRA (Plateau d’Études Techniques et de Recherche en Audition) de la plateforme technologique CCU (Cognition, Comportements et Usages) de la MSHS-T (USR 3414 CNRS) permettent l’acquisition, l’analyse et le traitement du signal acoustique. Julien Tardieu, ingénieur de recherche en perception sonore au CNRS et responsable scientifique du plateau PETRA, a procédé à un enregistrement de haute qualité des sons que Jean-Michel Court, musicologue, enseignant-chercheur à l’Université Toulouse - Jean Jaurès et corniste, a réussi à produire. Pour ce faire, le musicien a utilisé les techniques propres aux instruments de musique de la famille des cuivres (cors, trompettes…), c’est-à-dire la vibration des lèvres à l’entrée de l’embouchure du coquillage. Il a ainsi pu, non seulement produire un son puissant dans ce coquillage de taille imposante, mais également pu moduler la hauteur du son (degré de liberté en fréquence).

Écouter le son de la conque de Marsoulas

Ces sons, trois notes proches des do, do dièse et ré, ont été enregistrés à l’aide de plusieurs microphones (Neumann TLM49, DPA 4006A et Sennheiser MKH40) et appareils (préampli RME OCTAMIC ; table de mixage TASCAM DM3200 ; sonomètre 01dB SOLO) au cours de plusieurs prises de son. La qualité du son produit par l’instrumentiste et la qualité de l’enregistrement effectué constituent un préalable fondamental à l’analyse du son.

Conque de Marsoulas - analyse du son ©Carole Fritz et al. 2021

L’hypothèse ainsi confirmée, Julien Tardieu a procédé à l’analyse du contenu fréquentiel afin de décrire qualitativement et quantitativement les composantes des sons et d’en vérifier la structure harmonique. On est ici en présence d’un son harmonique, composé d’une fréquence fondamentale et de plusieurs harmoniques reliés à la fréquence fondamentale en suivant un rapport de nombre entier. L’intensité sonore mesurée révèle un son puissant allant jusqu’à 100 décibels dans l’axe du pavillon de la conque. C’est la première fois que ces mesures peuvent être effectuées sur un objet façonné il y a … 18000 ans.

Alors qu’en archéologie, ce sont le plus souvent des vestiges matériels qui parviennent jusqu’à nous (empreintes, traces, outils, peintures), ces sons venus du fond des âges constituent un témoignage immatériel et représentent une partie de la « bande son » de l’époque magdalénienne.

Conque de Marsoulas - tomographie ©Carole Fritz et al. 2021

Dans une future étude, l’équipe de recherche pluridisciplinaire, mêlant archéologie, psychoacoustique et musicologie, constituée autour de cet objet procèdera à l’analyse de la structure mécanique de la conque. En effet, la structure d’un objet acoustique a une incidence sur les qualités du son produit. Les chercheurs mesureront notamment la longueur de la spirale et essaieront de comprendre le rôle acoustique de certaines modifications volontaires effectuées à l’intérieur de la conque. Ces analyses seront également menées par Julien Tardieu sur la plateforme technologique CCU de la MSHS-T.

Quant à l’usage de ce grand coquillage, les réponses resteront certainement à l’état d’hypothèses. En effet, cette découverte interroge le concept de musique pendant la préhistoire. Aussi loin que remontent la documentation et les écrits sur la musique, cette dernière accompagne les rites et les chants. La production sonore (peut-on parler de construction musicale ?) est utilisée pour imiter les animaux, utilisée au cours de la chasse ou pour appeler des personnes éloignées. L’idée que nous nous faisons actuellement de la musique n’est probablement pas transposable telle quelle à l’époque de la conque. A défaut de savoir avec certitude quel(s) usage(s) faisaient nos ancêtres de cet instrument, il est autorisé de rêver en accompagnant la visite (virtuelle) de la grotte de Marsoulas au son d’une conque parvenu miraculeusement à nous.

Contact MSHS-T : Julien Tardieu - julien.tardieu@univ-toulouse.fr

En savoir plus sur le plateau PETRA de la Plateforme CCU (MSHS-T)


Bibliographie

First record of the sound produced by the oldest Upper Paleolithic seashell horn, Carole Fritz, Gilles Tosello, Guillaume Fleury, Emmanuel Kasarhérou, Philippe Walter, Francis Duranthon, Pascal Gaillard, Julien Tardieu. Science Advances, 10 février 2021. DOI : 10.1126/sciadv.abe9510


Les membres de l’équipe scientifique pluridisciplinaire

Carole Fritz, chercheuse en archéologie (CNRS, TRACES), responsable du Centre de recherche et d’études de l’art préhistorique Émile-Cartailhac (CREAP) de la MSHS-T · Gilles Tosello, préhistorien (CREAP MSHS-T) · Guillaume Fleury, chargé des collections de Préhistoire du Muséum de Toulouse · Emmanuel Kasarhérou, président du Musée du Quai Branly - Jacques Chirac · Philippe Walter, chercheur en physico-chimie (CNRS, LAMS) · Francis Duranthon, directeur du Muséum de Toulouse · Pascal Gaillard, enseignant-chercheur en musique (Université Toulouse – Jean Jaurès, CLLE) · Julien Tardieu, ingénieur de recherche en perception sonore (CNRS, MSHS-T)


En savoir plus sur la découverte

- Lire le communiqué de presse (CNRS, Muséum de Toulouse, Université de Toulouse – Jean Jaurès, Musée du Quai Branly - Jacques Chirac, Sorbonne Université) - Ce coquillage fait résonner des sons vieux de 18 000 ans, 10 février 2021

- Revoir la conférence de presse - Muséum de Toulouse, 11 février 2021

- Découverte archéologique majeure grâce au laboratoire Traces et à la MSHS-T
Site internet Université Toulouse – Jean Jaurès

- Un coquillage vieux de 18 000 ans est en fait le plus ancien instrument à vent de ce type !
Blog du Muséum de Toulouse

- La conque de Marsoulas
L’échos des réserves (Muséum de Toulouse)


Retombées médias

- Quelques articles nationaux (en ligne) :

De nombreuses reprises de la dépêche AFP "Une conque de 18.000 ans fait encore entendre sa musique", 10 février 2021
La Croix - France24 - TV5monde - FranceTVinfo - MSN - Boursorama

Des scientifiques découvrent l’un des plus anciens instruments à vent avec un coquillage vieux de 18.000 ans - 20 minutes, 10 février 2021

18.000 ans, la plus vieille mélodie du monde ? - Sciences et Avenir, 10 février 2021

Ce coquillage des cavernes fait résonner des sons vieux de 18.000 ans - Huffpost, 10 février 2021

A écouter. Le son de l’un des plus vieux instruments à vent au monde retrouvé dans les réserves du Muséum de Toulouse - France 3 Occitanie, 11 février 2021

Archéologie : quand les chercheurs font résonner un air venu de la préhistoire (et la vidéo) - LCI, 11 février 2021

Écoutez le son produit par ce coquillage unique au monde, vieux de 18.000 ans, découvert en Haute-Garonne - France Bleu Occitanie, 11 février 2021

Toulouse : découvrez le son de la préhistoire dans un coquillage vieux de 18 000 ans - La Dépêche du Midi, 11 février 2021 (et la vidéo)

Un clairon préhistorique Magdalénien - Cerveau & Psycho, 11 février 2021

Écoutez des sons vieux de 18 000 ans émis par un coquillage - Ça m’intéresse, 11 février 2021

Des chercheurs font revivre un son vieux de 18000 ans Le Parisien, 12 février 2021

- Quelques articles internationaux (en ligne) :

Hear the Sound of a Seashell Horn Found in an Ancient French Cave - The New York Times, 10 février 2021

Earliest known conch shell horn plays a tune for the first time in 18,000 YEARS after new scientists discovered it was a wind instrument and not a ceremonial cup as originally thought - The Dailymail, 10 février 2021

Conch shell in French museum found to be 17,000-year-old wind instrument - The Guardian, 10 février 2021

Earliest known conch shell horn plays its tune for the first time in 18,000 years - The Washington Time, 11 février 2021

Schneckenhaus-Instrument So klang Blasmusik vor 18.000 Jahren - Geo Deutschland, février 2021

Earliest shell horn played for the first time in 17,000 years - The Japan Times, 11 février 2021

Ecco qual è il suono di uno strumento musicale di 18.000 anni fa ritrovato in una grotta dei Pirenei - Lastampa, 11 février 2021

Listen to the sound of an 18,000-year-old musical instrument - CNN, 11 février 2021

Ancient hunter-gatherer seashell resonates after 17,000 years - BBC, 11 février 2021

Ce coquillage du paléolithique est l’un des plus anciens instruments à vent du monde - RTBF, 12 février 2021

- Et aussi :

Ancient Shell Sounds - The poetry of science


Illustration :
Reconstitution du jeu de l’instrument. En fond : bison ponctué ornant les parois de la grotte de Marsoulas. Des motifs similaires décorent l’instrument. © Carole Fritz et al. 2021 / illustration Gilles Tosello